Emploi industriel, une France coupée en deux

La France divisée sur le terrain de l’emploi industriel. C’est ce que révèle la carte publiée par L’Usine Nouvelle. Depuis 2000, l’industrie a perdu près d’un million d’emplois sur l’ensemble du territoire. Qui sont les dix villes gagnantes, qui sont les dix perdantes ? Réponse avec notre infographie.

Publié le 05 février 2014



Les robots dans l’appareil productif français

La France est en pointe dans la recherche sur la robotique, mais son industrie dans ce secteur d’avenir reste sous-dimensionnée, comme le met en avant une étude réalisée pour la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services (DGCIS) et le Syndicat des entreprises de technologies de production (Symop).

Pourtant la modernisation de notre outil de production passe par la robotique. Certaines filières comme l’aéronautique ont repensé leur fonctionnement industriel, cependant les petits sous-traitants ne suivent pas. Sur ce point les ETI allemandes toujours tournées vers l’innovation et les PME/PMI italiennes qui grâce à leur organisation en district sont très nettement en avance.

C’est pourquoi le ministère du redressement productif a annoncé en mars 2013 un plan national pour la robotique : France Robots Initiatives . Au menu de ce plan annoncé : la création d’un fonds de capital-risque dédié à la robotique de services et celle d’un programme d’aide à la robotisation ayant pour objectif d’équiper 250 PME.

La France se fixe pour objectif de compter parmi les leaders de la robotique et de développer une offre mondiale dans la robotique de service, dans la cobotique et dans les machines intelligentes. Ce plan a le mérite de montrer une volonté gouvernementale mais fait-il le poids face aux plans robotiques de Taïwan, de la Corée ou des Etats-Unis ? En effet, concernant les derniers, Barack Obama a annoncé sa révolution robotique dès 2011. M. Obama a annoncé une initiative de 70 millions de dollars ayant pour objectif « d’accélérer le développement et l’utilisation des robots aux Etats-Unis aux côtés, ou en collaboration avec les travailleurs.»

Malgré les 100 millions d’euros mobilisés par l’Etat et compte tenu de notre retard, la France pourra tout au plus revenir au niveau des leaders européens. Aussi, dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques, des choix douloureux seront fait et faute d’argent frais, la France n’aura pas les moyens de ses ambitions. On pourrait toutefois imaginer notre révolution robotique à l’échelle européenne. Cependant, la difficulté de nos instances européennes de faire une Europe de la défense ou de s’entendre sur une harmonisation fiscale ne laisse présager rien de bon quant à l’idée d’une stratégie industrielle commune.


Jérôme BROSSIER est consultant au sein de la practice Solutions et Applications Industrielles d’ANEO


logo fablab

Fablab, un laboratoire-usine à usage personnel ?

Fablab ou fab lab est un néologisme fabriqué par la contraction de Fabrication et Laboratoire désignant un espace ouvert d’apprentissage, d’expérimentation et de prototypage. Un fab lab met à disposition des ressources telles que des imprimantes 3D, des machines à commandes numériques permettant la fabrication, la diffusion de connaissances, le partage de savoir-faire ou d’engager des projets collaboratifs.

La charte fab lab définit leur mission de la manière suivante : les fab labs sont un réseau mondial de laboratoires locaux, qui rendent possible l’invention en ouvrant aux individus l’accès à des outils de fabrication numérique.





Fablab in threee words, around the world


Charte Fab lab

logo fablab(Source : http://fablab.fr/projects/project/charte-des-fab-labs/)

Mission : les fab labs sont un réseau mondial de laboratoires locaux, qui rendent possible l’invention en ouvrant aux individus l’accès à des outils de fabrication numérique.

Accès : vous pouvez utiliser le fab lab pour fabriquer à peu près n’importe quoi (dès lors que cela ne nuit à personne) ; vous devez apprendre à le fabriquer vous-même, et vous devez partager l’usage du lab avec d’autres usages et utilisateurs.

Education : la formation dans le fab lab s’appuie sur des projets et l’apprentissage par les pairs ; vous devez prendre part à la capitalisation des connaissances à et à l’instruction des autres utilisateurs.

Responsabilité : vous êtes responsable de :

- La sécurité : Savoir travailler sans abimer les machines et sans mettre en danger les autres utilisateurs ;

- La propreté : Laisser le lab plus propre que vous ne l’avez trouvé ;

- La continuité : Assurer la maintenance, les réparations, la quantité de stock des matériaux, et reporter les incidents ;

Secret : les concepts et les processus développés dans les fab labs doivent demeurer utilisables à titre individuel. En revanche, vous pouvez les protéger de la manière qui vous choisirez.

Business : des activités commerciales peuvent être incubées dans les fab labs, mais elles ne doivent pas faire obstacle à l’accès ouvert. Elles doivent se développer au-delà du lab plutôt qu’en son sein et de bénéficier à leur tour aux inventeurs, aux labs et aux réseaux qui ont contribué à leur succès.


Pour pouvoir utiliser le logo fab lab, il faut respecter la charte.


crédit photo http://www.pcworld.fr/peripheriques/actualites,impression-3d-bond-qualite-generalise-des-annee-prochaine-grace-techno-sls,540587,1.htm

Impression 3D, prochain marché de masse de produits uniques ?

Les technologies d’impression 3D progressent rapidement et dévoilent des possibilités nouvelles accessibles au grand public, ou presque.


Le développement rapide des technologies d’impression 3D offre une foule de nouvelles possibilités, telles que la production :

  • De maquettes en 3D
  • De pièces de rechanges
  • D’objets à mécanismes fonctionnels
  • D’œuvres artistiques, mangeables ou non
  • De prothèses sur mesure

Exemples de possibilités offertes par l’impression 3D


Imprimer en trois dimensions par FranceGraphique

Une prothèse de main fabriquée grâce à une imprimante 3D


Des réalisations à la portée de tout le monde

Quelques particuliers passionnés s’offriront probablement leurs imprimantes personnelles, mais pour la masse du grand public, une fois passée la curiosité initiale, les besoins pourraient n’être que ponctuels et insuffisants pour justifier un tel investissement individuel. D’autant qu’il n’est pas certain que des imprimantes 3D puissent gérer indifféremment toutes les matières ; résines, métaux, produits biocompatibles, comestibles, etc.

C’est là que le modèle décrit dans l’article « Livres photos, des usines à produire des masses de produits uniques » prend son sens : l’exploitation rentable de la masse des niches.

Chaque particulier peut alors concevoir, grâce à des logiciels suffisamment simples et ergonomiques, des fichiers numériques correspondants à des produits uniques et personnalisés et confier leur fabrication à des entreprises spécialisées, tout comme pour les livres photos.

L’objet est fabriqué, livré et facturé à un prix raisonnable comparativement au coût d’acquisition d’une installation individuelle.

Ce qui pourrait différencier ce modèle 3D du modèle « livre photo » sont les compétences nécessaires à la modélisation en trois dimensions ainsi que les connaissances relatives aux matériaux mis en œuvre. Cela offre l’opportunité d’enrichir l’offre par des services tels que l’aide à la conception, la vente de modèles numériques de base à personnaliser ou la finalisation du projet depuis des croquis descriptifs basiques.

Des usines du futur ?

Pour les petites réalisations « simples », on pourrait imaginer le retour de boutiques de quartier semblables à celles qui s’occupaient des tirages photos. Une espèce d’usines miniature du futur en quelque sortes.

Mais le temps de taper ces lignes, je suis déjà largement dépassé par la réalité…

J’ai testé… l’imprimante 3D d’Auchan Roissy

La Poste : des imprimantes 3D en expérimentation

Au bureau de Poste de l’Hôtel de ville de Boulogne, une imprimante 3D flambant neuve est prête à fonctionner © Radio France – Dominique Loriou


N’hésitez pas à partager vos réflexions et commentaires.

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Livres photos, des usines à produire des masses de produits uniques

Les usines du futur, celles qui sont aptes à produire de manière économiquement viable des produits personnalisés, existent déjà. Un exemple se trouve auprès des entreprises proposant des livres photos.


La transition de la photo argentique (sur films négatifs) vers la photo numérique a eu raison de nombreux petits laboratoires locaux proposant le développement des pellicules et le tirage des photos.

Cependant, les particuliers se sont vite rendu compte que les images numériques se consultent moins aisément, à mois de se faire le travail d’imprimer leurs images et de constituer des albums photos et d’en supporter les coûts.

Exploiter la masse des niches

Niches de masse vs. Masses des niches

Niches de masse vs. Masses des niches

C’est là qu’interviennent les entreprises ayant compris l’intérêt d’exploiter la masse des niches, celle que représente l’ensemble des personnes prenant des images numériques et sa fraction non négligeable de personnes désireuses de pouvoir les montrer aussi aisément qu’un album photos à l’ancienne.

Un business particulier émerge : celui de produire en masse des produits personnalisés et uniques.

Cette nouvelle activité répond parfaitement à une demande souvent redoutée dans l’industrie ; proposer à prix acceptable et de manière économiquement viable des produits fortement personnalisés.

Personnalisation ; demande ancienne et nouveaux businesses

La demande de personnalisation des produits (et services) est ancienne, avec une accentuation lors du basculement de l’économie de pénurie vers l’économie d’abondance (les années 1970 en vieille Europe), période à partir de laquelle les besoins de base étaient couverts et les consommateurs à la recherche de critères distinctifs dans une offre de plus en plus diversifiée.

L’industrie n’a répondu à cette demande que « mollement ». D’abord parce que les moyens installés et la logique dominante étaient des héritages de l’ère de la production de masse, peu flexibles et axés sur des produits standards.

Cette demande de personnalisation mettait en cause les modèles économiques d’alors, faute de moyens agiles aptes à être rentabilisés avec de petites séries très différentiées et peu / pas répétitives.

« Personnalisation » des sandwiches : le choix d’une combinaison particulière parmi les combinaisons offertes

Les industriels, sous la pression concurrentielle, ont alors utilisés divers artifices, tels que l’extension des options, laissant grâce aux combinaisons possibles un choix plus vaste de produits finaux à leurs clients.

Exemples :

  • 2 couleurs x 2 tailles = 4 références de produit final
  • 3 couleurs x 3 tailles x 3 niveaux de finitions =  27 références de produit final
  • 4 choix de motorisation x 2 choix de boites de vitesse x 12 couleurs x 3 niveaux de finitions = 288 configurations de véhicule

 Mais aussi vaste que le choix paraisse, ce n’est toujours qu’un choix limité à une combinaison particulière parmi toutes les combinaisons offertes.

Le client prend en charge une part du travail

Un livre photo comportant les images du client ne peut bien évidemment pas consister en un choix à faire dans une vaste bibliothèque d’images. Le livre en question doit rassembler les images sélectionnées par le client.

C’est là la vraie personnalisation ; le client détermine librement le contenu de son livre photo, avec une contrainte (technique) mineure qui est le nombre de pages que le livre peut comporter.

Un certain nombre de choix restent limités à des options : gabarits de placement des images dans la page, choix des typos pour les titres et légendes, choix du modèle de livre et sa finition…

La personnalisation permet également au client de déterminer la présentation, les titres et légendes. Là encore des contraintes mineures, destinées à trouver un équilibre entre la liberté de composition, les contraintes techniques et la facilité pour le client.

Ligne de reliure chez CEWE

Ligne de reliure chez CEWE
Crédit photo CEWE (Site Web)

Car si cela est rendu possible, c’est parce que le client prépare lui-même sa « matière première ». Le fabricant ne fait plus qu’exécuter le travail préparé et que cette « matière » est… dématérialisée !

Il s’agit de transformer des données numériques préparées gratuitement par le client et transmises à coûts infinitésimal en produit tangible. Le stockage des données et leur traitement est relativement peu coûteux, les coûts augmentent essentiellement à partir du moment où le produit se matérialise.

Ainsi, grâce aux progrès techniques et à l’accès des particuliers à l’informatique, ces fabricants peuvent exploiter de manière économiquement intéressante la masse des niches que représente les photographes désireux de feuilleter leurs œuvres, tout en offrant à chacun un produit unique et totalement personnalisé.

La production de livres photos personnalisés préfigure ce que pourrait être l’usine du futur, tout en étant déjà une réalité.

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Les leçons de l’histoire industrielle sont-elles applicables dans le futur ? Partie 1

Imaginer l’usine du futur sans préciser à quel horizon temporel elle devrait être opérationnelle est un exercice prospectif dans lequel toutes les utopies sont permises.

Cependant, notre réflexion est nécessairement influencée par nos expériences individuelles et la mémoire commune. Par ailleurs, l’adage « qui n’a pas de mémoire est condamné à répéter les mêmes erreurs » nous invite à une rétrospective critique, afin de ne pas reproduire dans le futur les erreurs ou mauvais choix qui ont pu être faits dans le passé.

D’où la question : les leçons de l’histoire industrielle sont-elles applicables dans le futur, l’expérience accumulée peut-elle guider les choix pour l’avenir ?


L’industrie au sens que nous lui donnons de nos jours est relativement jeune, comparée à l’histoire de l’humanité. Si l’on admet le milieu du 18è siècle comme instant de sa naissance, l’histoire industrielle compte moins de trois cents ans.

Durant cette période, diverses révolutions techniques et évolutions sociétales ont remis en question le modèle dominant. Le rythme de ces révolutions et remises en cause s’est régulièrement accéléré et chacune des transitions a invalidé un ou plusieurs axiomes sur lequel reposait le modèle :

  • L’avènement de la machine à vapeur libère des contraintes de la génération de force motrice limitée à la force musculaire humaine ou animale ou à celle de l’eau et du vent
  • Le moteur à explosion a remis en question l’utilité jusque-là indiscutable des chevaux
  • Le basculement de l’économie de pénurie dans l’économie d’abondance met à mal le modèle de production de masse
  • La chute du mur de Berlin ouvre les frontières, des alliances inimaginables se créent
  • La téléphonie mobile crée des opportunités d’applications et des secteurs économiques totalement nouveaux et insoupçonnés
  • L’avènement d’Internet donne à chacun l’accès au commerce mondial
  • L’imprimante 3D préfigure des moyens de production individuels mis à la portée du grand public

Ainsi, l’expérience acquise durant l’ère industrielle moderne et dominée par le modèle Tayloriste-Fordien de production de masse, qui a fortement influencé les choix et dont nous conservons un héritage conséquent, risque fort de ne pas être pertinent pour notre usine du futur, le paradigme ayant largement changé.


>Lire la seconde partie


Usine-futur

Ce blog et l’usine du futur

L’usine du futur est l’un des 34 plans de reconquête pour une « Nouvelle France industrielle » présentés par le président de la République, le 12 septembre 2013.

L’usine du futur est surtout un sujet d’inspiration pour une réflexion prospective, qui présente le double avantage d’ouvrir sur une multitude de thèmes et d’autoriser l’exploration d’utopies.

A titre d’exemples :

Ainsi cette rubrique s’empare du sujet et offre à chaque visiteur de contribuer et enrichir la réflexion, dans le cadre des règles régissant ce blog.


Ni ce blog, ni le cabinet ANEO ne sont liés au gouvernement de la République Française. Les articles et commentaires n’engagent que leurs auteurs.

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