Silver économie, relais de croissance ? Partie 1

Ce billet est le premier d’une série consacrée à la Silver économie. Il abordera les enjeux de cette nouvelle filière en la replaçant dans son contexte sociologique et économique.

Les futurs billets détailleront les actions engagées par les pouvoirs publics, les biens et services entrant dans le périmètre de la nouvelle filière, ainsi que les opportunités économiques pour les acteurs de ce marché prometteur.


Qu’est-ce que la Silver économie et comment ce nouveau secteur pourrait être un relais de croissance pour l’économie française dans les années à venir ?


La Silver quoi ?

Commençons par définir ce qu’est la Silver économie : c’est l’économie des « cheveux argentés » (terme plus vendeur que cheveux gris), en d’autres termes des besoins liés au vieillissement.

Cette filière regroupe l’ensemble des activités économiques et industrielles bénéficiant aux « seniors », plus précisément les biens et les services qui peuvent relever notamment du sanitaire, du social, de l’habitat ou des loisirs, avec en arrière-plan le but fondamental de prolonger l’autonomie au maximum.

Le terme est apparu récemment sur la place publique et dans les médias sous l’impulsion du gouvernement Ayrault, mais il renvoie à une question que rencontre la population française – et plus largement les populations des pays industrialisés – depuis plusieurs décennies : comment faire en sorte que les personnes âgées, en nombre de plus en plus important, puissent vivre correctement dans la société moderne ?

La question du bien-être des « seniors » n’est pas nouvelle, mais elle a pris un caractère aigu avec l’urbanisation des populations des pays industrialisés, qui s’est fortement accélérée en France après la deuxième guerre mondiale, occasionnant le fractionnement de la cellule familiale traditionnelle et l’isolement des personnes âgées.

La solidarité intergénérationnelle ayant dépassé ses limites, il était temps que l’État français engage des actions concrètes afin de remplir son rôle de garant de la cohésion sociale.

Un problème démographique

Le vieillissement de notre population est une lame de fond qui est en train de bouleverser nos équilibres sociaux.

En effet, les projections de l’INSEE prévoient en France que les personnes âgées de 60 ans et plus, au nombre de 15 millions aujourd’hui, seront 20 millions en 2030. Le nombre de personnes âgées de 85 ans et plus sera multiplié par près de 4 en 40 ans passant de 1,4 à 4,8 millions d’ici à 2050.

Le vieillissement général de la population s’accélère notamment à cause de l’importance de la génération des baby-boomers (voir définition plus bas), qui a aujourd’hui entre 51 et 69 ans et représente 15 millions de personnes, constituant la cible de la Silver économie pour les 15 années à venir.

Silver economy

Définition : On appelle baby-boomer la personne née lors de l’explosion des taux de natalité durant les années qui suivirent la Seconde Guerre Mondiale. Ce fut, dans de nombreux pays de l’hémisphère nord, une période de prospérité économique soutenue. Le terme tend de plus en plus à désigner toute la population qui aujourd’hui a franchi le cap des 50 ans

Mais revenons sur la définition du terme « senior ». L’INSEE indique que les seniors sont des personnes ayant plus de 50 ans. La Silver économie se focalisant en priorité sur les seniors n’ayant plus d’activité professionnelle, cette dernière population est subdivisée en 3 catégories (résultat des travaux de cadrage de la filière), basées non pas sur l’âge mais sur le mode de vie :

  1. Les âgés dits « actifs ». Ces retraités, autonomes et indépendants connaissent un vieillissement habituel ou usuel avec le cas échéant des atteintes de certaines fonctions, liées à l’âge, considérées comme physiologiques.
  2. Les âgés dits « fragiles ». Ces personnes présentent des limitations fonctionnelles et une baisse des capacités d’adaptation ou d’anticipation, sous l’action conjuguée du vieillissement physiologique, de maladies chroniques et du contexte de vie. La fragilité doit être comprise comme une situation dynamique ou même un état instable, qui peut évoluer vers une rupture d’équilibre, des complications et une perte d’autonomie, mais peut aussi être stabilisée par des interventions appropriées.
  3. Les âgés dits « dépendants ou en perte d’autonomie ». Ces âgés ont besoin d’être aidés pour l’accomplissement des actes essentiels de la vie ou requièrent une surveillance régulière. Ils peuvent vivre à domicile ou en Ehpad (maison de retraite médicalisée). Ils ne représentent que 8 % du nombre d’âgés en France

La classification est donc établie à partir du niveau des troubles fonctionnels dus à l’âge menant à la perte d’autonomie, à la manière des critères de classification du handicap. Nous verrons dans un prochain billet que ce parallèle n’est pas anodin et que plusieurs acteurs appellent à traiter le handicap d’une façon globale, y compris ceux liés à l’âge : aux mêmes symptômes, les mêmes remèdes.

La population cible de la Silver économie est donc très importante et en forte progression, mais quelle est réellement la taille de ce marché et son impact sur l’économie française ?

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Guillaume PERRET du CRAY est Manager Assurance et Protection Sociale au sein du cabinet ANEO

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